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Le photovoltaïque français : les règles du jeu

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Stéphane Maureau, Fondateur-Président d’EVASOL nous fait partager son point de vue sur la question du soutien de la filière photovoltaïque en France.

Le soutien au photovoltaïque en France est en train de connaitre une évolution des règles du jeu. Les bonnes raisons qui conduisent les États industriels et la France à vouloir développer cette énergie prometteuse demeurent intactes.

Pourquoi développer le photovoltaïque en France ?

Parce que la vision à long terme, promue par le Grenelle de l’environnement, reste bonne.

La croissance de la demande mondiale d’énergie, l’augmentation du prix des énergies fossiles et le besoin de sécurité énergétique conduiront nécessairement au développement de solutions techniques complémentaires.
Parmi elles, l’énergie photovoltaïque est reconnue comme particulièrement prometteuse : abondante, renouvelable, fiable, décentralisable et capable de devenir compétitive à court terme.
Fort de cette conviction, dans le cadre du Grenelle de l’environnement, l’Etat français a pris des mesures pour faire émerger un marché en France avec un triple objectif :

Avoir du photovoltaïque dans le mix énergétique français (pour participer aux 23% d’énergies renouvelables).
Conduire le photovoltaïque jusqu’à la parité réseau.
Et faire naître une filière industrielle française performante, susceptible de devenir exportatrice.

Parce qu’une mobilisation professionnelle remarquable est en marche, avec des résultats prometteurs déjà tangibles.

Convaincus et encouragés par cette ambition, des professionnels français se sont organisés pour bâtir une filière française forte.

Dans l’aval, la filière est déjà bien organisée et sort de sa phase d’amorçage. Citons par exemple la création d’un référentiel de formation QualiPV, des audits inscrits dans une démarche d’amélioration continue de la qualité, une coopération avec des organismes de contrôle comme le CONSUEL pour développer des métiers d’installateurs de qualité. Une activité non dé-localisable qui bénéficie directement à l’économie locale. Les entreprises du bâtiment sont elles aussi engagées dans le défi des « bâtiments à énergie positive » qui intègreront inéluctablement une production d’énergie solaire. La FFB et la CAPEB ont adhéré à la vision photovoltaïque proposée. L’ADEME a dénombré plus de 10 000 emplois créés dernièrement (ce qui est remarquable en pleine crise) et surtout un potentiel de 50 000 emplois supplémentaires possibles à moyen terme en France.

En amont : La capacité de production française (en encapsulation de panneaux photovoltaïques) est passée de 200 MWc à 400 MWc.
De nombreux investissements lourds sont envisagés dans le domaine industriel, mais sont aujourd’hui en suspens ; la filière française du photovoltaïque existe déjà même si ces capacités restent fragiles. Ce n’est qu’un début. Une démarche industrielle demande un peu plus de temps.

Parce que le succès d’une filière française performante et exportatrice est possible à moyen terme.

Au niveau industriel :
Des projets, de PME et de grands groupes, sont en phase d’amorçage. Ils n’attendent que de la visibilité pour monter en puissance.
Les grandes réussites industrielles allemandes sont des Entreprises de Taille Intermédiaire (ETI), qui n’étaient que des « start-up » en 2000 ; elles se sont construites sur un marché national dynamique et sont aujourd’hui exportatrices. Une production française et compétitive de panneaux photovoltaïques est à portée de main.
Doit-on s’avouer vaincu par la Chine ? Non. Le fort niveau d’automatisation des processus de fabrication réduit considérablement l’avantage des pays ayant une main d’œuvre à bas coût. Les pays européens ont toute possibilité d’être compétitifs, à condition que les pouvoirs publics les soutiennent et les protègent de pratiques de dumping qui expliquent les bas prix asiatiques. De plus, les acteurs français et européens offrent des garanties de pérennité et de fiabilité qui constituent aussi des atouts concurrentiels face à la Chine.
Le développement pérenne de la filière photovoltaïque doit être envisagé comme un élément structurant d’une vision systémique du marché de l’électricité. Il faut considérer sa place dans les problématiques de développement des réseaux intelligents, de l’autoconsommation ou encore étudier sa complémentarité avec de nouveaux usages ou modes de consommation d’électricité pouvant être engendrés par exemple par la domotique ou la généralisation des véhicules électriques.

Par ailleurs, nous sommes également performants en aval et en amont du niveau industriel : le panneau ne représente que 20% à 25% du coût total de production d’un kWh (en intégrant le coût de financement, le coût d’intégration, de distribution etc…). L’objectif industriel de fabrication de panneaux ne doit donc pas occulter :
L’intérêt d’une filière aval, de systémiers et d’entreprises du bâtiment, qui compte des entreprises performantes, capables de développer d’autres marchés d’exportation liés au photovoltaïque ;
L’intérêt d’une filière de concessions de service d’électrification rurale dans les pays en développement : 1,5 milliards d’habitants qui s’éclairent encore à la bougie, accèderont à l’électricité grâce à l’énergie photovoltaïque dans les prochaines décennies ; la France a de nombreux atouts pour s’imposer comme un leader de ce secteur dans de nombreux pays ;
Et en amont l’existence d’un puissant potentiel de R&D tant publique que privée assurant la présence d’entreprises françaises, sur tous les segments de la chaîne de valeurs, dont le stockage de l’énergie et les réseaux intelligents (ce potentiel sera productif s’il est lié à un marché national suffisamment dynamique).

Comment développer le photovoltaïque en France ?

Compte tenu de ce qui précède, l’accompagnement temporaire du développement d’une filière photovoltaïque en France reste légitime et sensé. Le dispositif français de soutien nécessite cependant des ajustements pour mieux servir les objectifs stratégiques poursuivis. Ces ajustements doivent aussi éviter deux écueils, celui d’une croissance excessive des coûts consacrés au développement de la filière, mais aussi celui d’un freinage excessif, qui aurait pour effet de tuer dans l’œuf une filière prometteuse : l’ambition était sensée et mobilisatrice, l’ajustement ne doit pas se transformer en renoncement. C’est dans cet état d’esprit que de nombreux professionnels sérieux du photovoltaïque en France font des propositions concrètes aux gouvernements et aux administrations. De nouvelles règles du jeu résulteront certainement de ces échanges constructifs.